Cyrano : Edouard Baer fait mouche au Théâtre Antoine

Pour son grand retour au théâtre, Edouard Baer est venu entouré. Cela tombe bien parce qu’il est avant tout un homme de troupe. Il semble y puiser sa force, auprès de ses fidèles complices comme de nouveaux ou tout jeunes talents qui la composent aussi.

Il l’a toujours fait auparavant : ouvrir sa troupe à la nouveauté, à la jeunesse, à l’enthousiasme, à la pétillance.

Il entre par la salle. Il aime faire cela, se frayer un chemin, furtif, au milieu du public, sentir cette salle pleine à craquer tout contre lui, prête à être embarquée, prendre son pouls, braver les strapontins qui bloquent temporairement son passage…

Il est Cyrano mais avec un Nez… qu’on va vite ici oublier tant il se fait discret sur le visage du comédien. Il n’est pas le sujet principal de la pièce.

Celui qu’Edouard Baer et sa metteure en scène, la si brillante Anne Kessler, ont choisi de mettre en exergue, c’est la souffrance plus intime du héros face à sa différence mais aussi et surtout, face la parfaite invisibilité aux yeux de l’être aimé.

Edouard Baer y livre peut-être ici son interprétation la plus sincère, comme une réponse, bien à lui, à la violence des accusations dont il a été récemment victime.

Cyrano, une arme salutaire d’écoute et de partage

Face à ce Cyrano, que l’on s’attendait de voir briller à nouveau à travers ses célèbres tirades et moments de bravoure, Edouard Baer le nourrit autrement, lui insufflant une forme de gravité, de maturité personnelles qui font entendre le texte d’une façon toute différente.

Il s’entoure d’un Christian de Neuvillette sobre mais toujours émouvant, offrant à Grégoire Leprince-Ringuet l’opportunité d’explorer sur le plateau, avec une troupe, toute la richesse de ce personnage que l’on juge souvent injustement secondaire et qui pourtant souffre du même syndrome de l’imposteur que le héros. Ça n’est pas un hasard, si le comédien y apporte sa propre expérience d’acteur de cinéma, une forme de vérité sans jamais chercher à trop en faire.

Enfin, saluons aussi la belle révélation de cette pièce, Alexia Giordano, une jeune Roxane au tempérament de feu et à la beauté angélique, digne d’une madone de la Renaissance (la lumineuse scène du balcon, ici, proche de celle de Romeo et Juliette y faisant clairement référence).

Les costumes contemporains, les décors hétéroclites, sa joyeuse troupe en mouvement (Catherine Salviat toujours réjouissante), ce texte que l’on récite ensemble, comme une messe avec les acteurs, est un moment de partage d’une belle énergie et qu’il serait particulièrement sot de bouder.

« C’est un roc, c’est un pic, c’est un cap !… mais aussi une arme salutaire d’écoute et de fraternité contre la perte actuelle de repères vécues par notre société. Et qui, ici, fait mouche.

« A la fin de l’envoi… »

CYRANO

De Edmond Rostand

Mise en scène : Anne Kessler de la Comédie Française, 
assistée de Maïa Godin Hadji-Lazaro

Avec Alexia Giordano, Edouard Baer, Catherine Salviat, Tito El Francès, 
Aïtor de Calvairac,Grégoire Leprince-Ringuet, Atmen Kelif, Christophe Meynet, 
Rémi Briffault, Florent Hu, Telma Bello, Jeanne Fuchs, Gilles Gaston-Dreyfus

Actuellement au Théâtre Antoine : plus d’infos et réservation !

 

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